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L’ONU publie le “tableau effrayant” de la situation des droits de l’homme en République démocratique du Congo
11 novembre 2003 – Le rapport de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en République démocratique du Congo qui vient d’être rendu public, dresse « le tableau effrayant d’une situation des droits de l’homme les plus graves au monde », tout en soulignant les progrès politiques considérables réalisés au cours des derniers mois et la collégialité régnant dans le nouveau gouvernement.
« La situation en République démocratique du Congo reste marquée par des violations massives des droits de l’homme, qui répondent toutes aux éléments constitutifs, tels que définis dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), du crime de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Ces violations dressent un tableau effrayant d’une des situations des droits de l’homme les plus graves au monde », indique dans son dernier rapport Iulia Motoc qui est chargée à l’ONU de suivre et d’évaluer la situation des droits de l’homme en République démocratique du Congo.
Dans la province de l’Ituri en particulier, elle fait état de destructions systématiques et répétées de villages, accompagnées de massacres de la population, de viols, de prises d’otage, d’abus sexuels.
Les 10 et 11 juin 2003, indique-t-elle, « les milices du FNI (Front nationaliste et intégratif, lendu) ont attaqué Nioka dans le territoire de Mahagi. Selon les informations communiquées par les ONG, plus de 200 personnes sont mortes. D’autres ont été prises en otage et conduites à Rethy et soumises au travail forcé dans le camp militaire du commandant Papy Germain. Les otages étaient vendus et rachetés par leurs familles. Les femmes et les jeunes filles étaient violées et obligées à vivre en concubinage avec des militaires de Kpandruma. La paroisse de Nioka, le centre de santé, les bureaux administratifs et la centrale hydroélectrique ont été attaqués et détruits. »
De même à Fataki dans le territoire de Djugu, relate le rapport, au cours de plusieurs attaques menées par des éléments de la FAPC (Force armée populaire du Congo) et du FNI, la paroisse, les deux couvents de religieuses, l’orphelinat, l’hôpital et les écoles, ont été détruites et incendiées. Selon le Gouverneur de Fataki, avec lequel Mme Motoc s’est entretenue lors de sa visite, plus de 10 000 personnes sont déplacées de Fataki. Selon les témoignages des rescapés, un nombre élevé de civils, notamment des femmes et des enfants, ont été pris en otages et réduits en esclavage, y compris sexuel.
Au nombre des recommandations formulées, figure la nécessité de mettre fin au climat d’impunité. Mme Motoc réclame notamment l’application du décret d’amnistie pris par le Président Joseph Kabila le 15 avril 2003 qui ne couvre pas les crimes de guerre, le crime de génocide et les crimes contre l’humanité et demande que l’Assemblée nationale maintienne ces exceptions dans la loi qu’elle s’apprête à voter.
Mme Motoc souligne toutefois les progrès considérables enregistrés au plan politique dans le pays au cours des derniers mois. Elle porte un jugement très positif sur le mode de fonctionnement du nouveau gouvernement, « l’esprit collégial et de collaboration qui règne parmi ses membres (appartenant à différentes composantes politiques) deux mois après la mise en place des institutions de la transition et estime qu’il y a une volonté politique de reconstruction démocratique dans le pays.
Elle se dit confiante dans le processus de réconciliation, notant qu’il y a, « dans ce pays marqué par des atrocités, des ressources morales, des volontés et des personnalités d’exception. » En Ituri, par exemple, elle a été « profondément impressionnée par la manière dont Pétronille Vaweka, Présidente de l’Assemblée intérimaire spéciale, a déjà envisagé cette réconciliation. »
Elle souligne par ailleurs le « succès de l’opération Artémis conduite par les troupes françaises en Ituri » qui, dit-elle, a été un « modèle d’intervention humanitaire efficace menée dans le cadre du Chapitre VII de la Charte. »
November 24, 2010 No Comments
Robert Badinter si Comitetul Drepturilor Omului
Ceremonia de aniversare a 100 sesiune a Comitetul are loc la Geneva, in Palatul Natiunilor. Dimineata am asistat la discursurile a doi eminenti juristi; Robert Badinter si Mohamed Bedjaoui. Robert Badinter a discutat despre aplicarea pedepsei cu moartea. Reproduc aici unul dintre primele lui discursuri despre pedeapsa cu moartea din 1981.
Assemblée nationale - 1ère séance du 17 septembre 1981
[...]
M. le président. La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.
M. le garde des sceaux. Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j’ai l’honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France.
En cet instant, dont chacun d’entre vous mesure la portée qu’il revêt pour notre justice et pour nous, je veux d’abord remercier la commission des lois parce qu’elle a compris l’esprit du projet qui lui était présenté et, plus particulièrement son rapporteur, M. Edmond Forni, non seulement parce qu’il est un homme de coeur et de talent mais parce qu’il a lutté dans les années écoulées pour l’abolition. Au-delà de sa personne et comme lui, je tiens à remercier tous ceux, quelle que soit leur appartenance politique qui, au cours des années passées, notamment au sein des commissions des lois précédentes, ont également oeuvré pour que l’abolition soit décidée, avant même que n’intervienne le changement politique majeur que nous connaissons.
Cette communion d’esprit, cette communauté de pensée à travers les clivages politiques montrent bien que le débat qui est ouvert aujourd’hui devant vous est d’abord un débat de conscience et le choix auquel chacun d’entre vous procédera l’engagera personnellement.
Raymond Forni a eu raison de souligner qu’une longue marche s’achève aujourd’hui. Près de deux siècles se sont écoulés depuis que dans la première assemblée parlementaire qu’ait connue la France, Le Pelletier de Saint-Fargeau demandait l’abolition de la peine capitale. C’était en 1791.
Je regarde la marche de la France.
La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l’éclat des idées, des causes, de la générosité qui l’ont emporté aux moments privilégiés de son histoire.
La France est grande parce qu’elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les esprits précautionneux qui, dans le pays, s’exclamaient à l’époque que, sans la torture, la justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux scélérats.
La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l’esclavage, ce crime qui déshonore encore l’humanité.
Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d’efforts courageux l’un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort.
Pourquoi ce retard ? Voilà la première question qui se pose à nous.
Ce n’est pas la faute du génie national. C’est de France, c’est de cette enceinte souvent, que se sont levées les plus grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d’éloquence la cause de l’abolition. Vous avez, fort justement, monsieur Forni, rappelé Hugo, j’y ajouterai, parmi les écrivains, Camus. Comment, dans cette enceinte, ne pas penser aussi à Gambetta, à Clemenceau et surtout au grand Jaurès ? Tous se sont levés. Tous ont soutenu la cause de l’abolition. Alors pourquoi le silence a-t-il persisté et pourquoi n’avons-nous pas aboli ?
Je ne pense pas non plus que ce soit à cause du tempérament national. Les Français ne sont certes pas plus répressifs, moins humains que les autres peuples. Je le sais par expérience. Juges et jurés français savent être aussi généreux que les autres. La réponse n’est donc pas là. Il faut la chercher ailleurs.
Pour ma part j’y vois une explication qui est d’ordre politique. Pourquoi ?
L’abolition, je l’ai dit, regroupe, depuis deux siècles, des femmes et des hommes de toutes les classes politiques et, bien au delà, de toutes les couches de la nation.
Mais si l’on considère l’histoire de notre pays, on remarquera que l’abolition, en tant que telle, a toujours été une des grandes causes de la gauche française. Quand je dis gauche, comprenez moi, j’entends forces de changement, forces de progrès, parfois forces de révolution, celles qui, en tout cas, font avancer l’histoire. (Applaudissements sur les bancs des socialistes, sur de nombreux bancs des communistes et sur quelques bancs de l’union pour la démocratie française )
Examinez simplement ce qui est la vérité. Regardez-la.
J’ai rappelé 1791, la première Constituante, la grande Constituante. Certes elle n’a pas aboli, mais elle a posé la question, audace prodigieuse en Europe à cette époque. Elle a réduit le champ de la peine de mort plus que partout ailleurs en Europe.
La première assemblée républicaine que la France ait connue, la grande Convention, le 4 brumaire an IV de la République, a proclamé que la peine de mort était abolie en France à dater de l’instant où la paix générale serait rétablie.
M. Albert Brochard. Ou sait ce que cela a coûté en Vendée !
Plusieurs députés socialistes. Silence les Chouans !
M. le garde des sceaux. La paix fut rétablie mais avec elle Bonaparte arriva. Et la peine de mort s’inscrivit dans le code pénal qui est encore le nôtre, plus pour longtemps, il est vrai.
Mais suivons les élans.
La Révolution de 1830 a engendré, en 1832, la généralisation des circonstances atténuantes ; le nombre des condamnations à mort diminue aussitôt de moitié.
La Révolution de 1848 entraîna l’abolition de la peine de mort en matière politique que la France ne remettra plus en cause jusqu’à la guerre de 1939.
Il faudra attendre ensuite qu’une majorité de gauche soit établie au centre de la vie politique française, dans les années qui suivent 1900, pour que soit à nouveau soumise aux représentants du peuple la question de l’abolition. C’est alors qu’ici même s’affrontèrent dans un débat dont l’histoire de l’éloquence conserve pieusement le souvenir vivant, et Barrès et Jaurès.
Jaurès - que je salue en votre nom à tous - a été, de tous les orateurs de la gauche, de tous les socialistes, celui qui a mené le plus haut, le plus loin, le plus noblement l’éloquence du coeur et l’éloquence de la raison, celui qui a servi, comme personne, le socialisme, la liberté et l’abolition. (Applaudissements sur les bancs des socialistes et sur plusieurs bancs des communistes.)
Jaurès… (Interruptions sur les bancs de l’union de la démocratie française et du rassemblement pour la République.)
Il y a des noms qui gênent encore certains d’entre vous ? (Applaudissements sur les bancs des socialistes et des communistes.)
M. Michel Noir. Provocateur!
M. Jean Brocard. Vous n’êtes pas à la cour, mais à l’Assemblée!
M. le président. Messieurs de l’opposition. je vous en prie.
Jaurès appartient, au même titre que d’autres hommes politiques, à l’histoire de notre pays. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
M. Roger Corrèze. Mais pas Badinter!
M. Robert Wagner. Il vous manque des manches, monsieur le garde des sceaux!
M. le président. Veuillez continuer, monsieur le garde des sceaux.
M.le garde des sceaux. Messieurs, j’ai salué Barrés en dépit de l’éloignement de nos conceptions sur ce point ; je n’ai pas besoin d’insister.
Mais je dois rappeler, puisque, à l’évidence, sa parole n’est pas éteinte en vous, la phrase que prononça Jaurès : “La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution.”
En 1908, Briand, à son tour, entreprit de demander à la Chambre l’abolition. Curieusement, il ne le fit pas en usant de son éloquence. Il s’efforça de convaincre en représentant à la Chambre une donnée très simple, que l’expérience récente - de l’école positiviste - venait de mettre en lumière.
Il fit observer en effet que par suite du tempérament divers des Présidents de la République, qui se sont succédé à cette époque de grande stabilité sociale et économique, la pratique de la peine de mort avait singulièrement évolué pendant deux fois dix ans : 1888-1897, les Présidents faisaient exécuter ; 1898-1907, les Présidents - Loubet, Fallières - abhorraient la peine de mort et, par conséquent, accordaient systématiquement la grâce. Les données étaient claires : dans la première période où l’on pratique l’exécution : 3 066 homicides ; dans la seconde période, où la douceur des hommes fait qu’ils y répugnent et que la peine de mort disparaît de la pratique répressive : 1 068 homicides, près de la moitié.
Telle est la raison pour laquelle Briand, au-delà même des principes, vint demander à la Chambre d’abolir la peine de mort qui, la France venait ainsi de le mesurer, n’était pas dissuasive.
Il se trouva qu’une partie de la presse entreprit aussitôt une campagne très violente contre les abolitionnistes. Il se trouva qu’une partie de la Chambre n’eut point le courage d’aller vers les sommets que lui montrait Briand. C’est ainsi que la peine de mort demeura en 1908 dans notre droit et dans notre pratique.
Depuis lors - soixante-quinze ans - jamais, une assemblée parlementaire n’a été saisie d’une demande de suppression de la peine de mort.
Je suis convaincu - cela vous fera plaisir - d’avoir certes moins d’éloquence que Briand mais je suis sûr que, vous, vous aurez plus de courage et c’est cela qui compte.
M. Albert Brochard. Si c’est cela le courage !
M. Robert Aumont. Cette interruption est malvenue !
M. Roger Corrèze. Il y a eu aussi des gouvernements de gauche pendant tout ce temps!
M. le garde des sceaux. Les temps passèrent.
On peut s’interroger : pourquoi n’y a-t-il rien eu en 1936 ? La raison est que le temps de la gauche fut compté. L’autre raison, plus simple, est que la guerre pesait déjà sur les esprits. Or, les temps de guerre ne sont pas propices à poser la question de l’abolition. Il est vrai que la guerre et l’abolition ne cheminent pas ensemble.
La Libération. Je suis convaincu, pour ma part, que, si le gouvernement de la Libération n’a pas posé la question de l’abolition, c’est parce que les temps troublés, les crimes de la guerre, les épreuves terribles de l’occupation faisaient que les sensibilités n’étaient pas à cet égard prêtes. Il fallait que reviennent non seulement la paix des armes mais aussi la paix des coeurs.
Cette analyse vaut aussi pour les temps de la décolonisation.
C’est seulement après ces épreuves historiques qu’en vérité pouvait être soumise à votre assemblée la grande question de l’abolition.
Je n’irai pas plus loin dans l’interrogation - M. Forni l’a fait - mais pourquoi, au cours de la dernière législature, les gouvernements n’ont-ils pas voulu que votre assemblée soit saisie de l’abolition alors que la commission des lois et tant d’entre vous, avec courage, réclamaient ce débat ? Certains membres du gouvernement - et non des moindres - s’étaient déclarés, a titre personnel, partisans de l’abolition mais on avait le sentiment à entendre ceux qui avaient la responsabilité de la proposer, que, dans ce domaine, il était, là encore, urgent d’attendre.
Attendre, après deux cents ans !
Attendre, comme si la peine de mort ou la guillotine était un fruit qu’on devrait laisser mûrir avant de le cueillir !
Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l’opinion publique. D’ailleurs, certains vous diront, mesdames, messieurs les députés, qu’en votant l’abolition vous méconnaîtriez les règles de la démocratie parce que vous ignoreriez l’opinion publique. Il n’en est rien.
Nul plus que vous, à l’instant du vote sur l’abolition, ne respectera la loi fondamentale de la démocratie.
Je me réfère non pas seulement à cette conception selon laquelle le Parlement est, suivant l’image employée par un grand Anglais, un phare qui ouvre la voie de l’ombre pour le pays, mais simplement à la loi fondamentale de la démocratie qui est la volonté du suffrage universel et, pour les élus, le respect du suffrage universel.
Or, à deux reprises, la question a été directement - j’y insiste - posée devant l’opinion publique.
Le Président de la République a fait connaître à tous, non seulement son sentiment personnel, son aversion pour la peine de mort, mais aussi, très clairement, sa volonté de demander au Gouvernement de saisir le Parlement d’une demande d’abolition, s’il était élu. Le pays lui a répondu : oui.
Il y a eu ensuite des élections législatives. Au cours de la campagne électorale. il n’est pas un des partis de gauche qui n’ait fait figurer publiquement dans son programme…
M. Albert Brochard. Quel programme ?
M. le garde des sceaux. … l’abolition de la peine de mort.
Le pays a élu une majorité de gauche ; ce faisant, en connaissance de cause, il savait qu’il approuvait un programme législatif dans lequel se trouvait inscrite, au premier rang des obligations morales, l’abolition de la peine de mort.
Lorsque vous la voterez, c’est ce pacte solennel, celui qui lie l’élu au pays, celui qui fait que son premier devoir d’élu est le respect de l’engagement pris avec ceux qui l’ont choisi, cette démarche de respect du suffrage universel et de la démocratie qui sera la vôtre.
D’autres vous diront que l’abolition, parce qu’elle pose question à toute conscience humaine, ne devrait être décidée que par la voie de référendum. Si l’alternative existait, la question mériterait sans doute examen. Mais, vous le savez aussi bien que moi et Raymond Forni l’a rappelé, cette voie est constitutionnellement fermée.
Je rappelle à l’Assemblée - mais en vérité ai-je besoin de le faire ? - que le général de Gaulle, fondateur de la Vème République, n’a pas voulu que les questions de société ou, si l’on préfère, les questions de morale soient tranchées par la procédure référendaire.
Je n’ai pas besoin non plus de vous rappeler, mesdames, messieurs les députés, que la sanction pénale de l’avortement aussi bien que de la peine de mort se trouvent inscrites dans les lois pénales qui, aux termes de la Constitution, relèvent de votre seul pouvoir.
Par conséquent, prétendre s’en rapporter à un référendum, ne vouloir répondre que par un référendum, c’est méconnaître délibérément à la fois l’esprit et la lettre de la Constitution et c’est, par une fausse habileté, refuser de se prononcer publiquement par peur de l’opinion publique. (Applaudissements sur les bancs des socialistes et sur quelques bancs des communistes.)
Rien n’a été fait pendant les années écoulées pour éclairer cette opinion publique. Au contraire ! On a refusé l’expérience des pays abolitionnistes ; on ne s’est jamais interrogé sur le fait essentiel que les grandes démocraties occidentales, nos proches, nos soeurs, nos voisines, pouvaient vivre sans la peine de mort. On a négligé les études conduites par toutes les grandes organisations internationales, tels le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, les Nations unies elles-mêmes dans le cadre du comité d’études contre le crime. On a occulté leurs constantes conclusions. Il n’a jamais, jamais été établi une corrélation quelconque entre la présence ou l’absence de la peine de mort dans une législation pénale et la courbe de la criminalité sanglante. On a, par contre, au lieu de révéler et de souligner ces évidences, entretenu l’angoisse, stimulé la peur, favorisé la confusion. On a bloqué le phare sur l’accroissement indiscutable, douloureux, et auquel il faudra faire face, mais qui est lié à des conjonctures économiques et sociales, de la petite et moyenne délinquance de violence, celle qui, de toute façon, n’a jamais relevé de la peine de mort. Mais tous les esprits loyaux s’accordent sur le fait qu’en France la criminalité sanglante n’a jamais varié - et même, compte tenu du nombre d’habitants, tend plutôt à stagner ; on s’est tu. En un mot, s’agissant de l’opinion, parce qu’on pensait aux suffrages, on a attisé l’angoisse collective et on a refusé à l’opinion publique les défenses de la raison. (Applaudissements sur les bancs des socialistes et sur quelques bancs des communistes.)
En vérité, la question de la peine de mort est simple pour qui veut l’analyser avec lucidité. Elle ne se pose pas en termes de dissuasion, ni même de technique répressive, mais en termes de choix politique ou de choix moral.
Je l’ai déjà dit, mais je le répète volontiers au regard du grand silence antérieur : le seul résultat auquel ont conduit toutes les recherches menées par les criminologues est la constatation de l’absence de lien entre la peine de mort et l’évolution de la criminalité sanglante. Je rappelle encore à cet égard les travaux du Conseil de l’Europe de 1962 ; le Livre blanc anglais, prudente recherche menée à travers tous les pays abolitionnistes avant que les Anglais ne se décident à abolir la peine de mort et ne refusent depuis lors, par deux fois, de la rétablir ; le Livre blanc canadien, qui a procédé selon la même méthode ; les travaux conduits par le comité pour la prévention du crime créé par l’O.N.U., dont les derniers textes ont été élaborés l’année dernière à Caracas ; enfin, les travaux conduits par le Parlement européen, auxquels j’associe notre amie Mme Roudy, et qui ont abouti à ce vote essentiel par lequel cette assemblée, au nom de l’Europe qu’elle représente, de l’Europe occidentale bien sûr, s’est prononcée à une écrasante majorité pour que la peine de mort disparaisse de l’Europe. Tous, tous se rejoignent sur la conclusion que j’évoquais.
Il n’est pas difficile d’ailleurs, pour qui veut s’interroger loyalement, de comprendre pourquoi il n’y a pas entre la peine de mort et l’évolution de la criminalité sanglante ce rapport dissuasif que l’on s’est si souvent appliqué à chercher sans trouver sa source ailleurs, et j’y reviendrai dans un instant. Si vous y réfléchissez simplement, les crimes les plus terribles, ceux qui saisissent le plus la sensibilité publique - et on le comprend - ceux qu’on appelle les crimes atroces sont commis le plus souvent par des hommes emportés par une pulsion de violence et de mort qui abolit jusqu’aux défenses de la raison. A cet instant de folie, à cet instant de passion meurtrière, l’évocation de la peine, qu’elle soit de mort ou qu’elle soit perpétuelle, ne trouve pas sa place chez l’homme qui tue.
Qu’on ne me dise pas que, ceux-là, on ne les condamne pas à mort. Il suffirait de reprendre les annales des dernières années pour se convaincre du contraire. Olivier, exécuté, dont l’autopsie a révélé que son cerveau présentait des anomalies frontales. Et Carrein, et Rousseau, et Garceau.
Quant aux autres, les criminels dits de sang-froid, ceux qui pèsent les risques, ceux qui méditent le profit et la peine, ceux-là, jamais vous ne les retrouverez dans des situations où ils risquent l’échafaud. Truands raisonnables, profiteurs du crime, criminels organisés, proxénètes, trafiquants, maffiosi, jamais vous ne les trouverez dans ces situations-là. Jamais ! (Applaudissements sur les bancs des socialistes et des communistes.)
Ceux qui interrogent les annales judiciaires, car c’est là où s’inscrit dans sa réalité la peine de mort, savent que dans les trente dernières années vous n’y trouvez pas le nom d’un “grand” gangster, Si l’on peut utiliser cet adjectif en parlant de ce type d’hommes. Pas un seul “ennemi public” n’y a jamais figuré.
M. Jean Brocard. Et Mesrine ?
M. Hyacinthe Santoni. Et Buffet ? Et Bontems ?
M. le garde des sceaux. Ce sont les autres, ceux que j’évoquais précédemment qui peuplent ces annales.
En fait, ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions ne le sont qui, celles-là, sont nobles.
Et si la peur de la mort arrêtait les hommes, vous n’auriez ni grands soldats, ni grands sportifs. Nous les admirons, mais ils n’hésitent pas devant la mort. D’autres, emportés par d’autres passions, n’hésitent pas non plus. C’est seulement pour la peine de mort qu’on invente l’idée que la peur de la mort retient l’homme dans ses passions extrêmes. Ce n’est pas exact.
Et, puisqu’on vient de prononcer le nom de deux condamnés à mort qui ont été exécutés, je vous dirai pourquoi, plus qu’aucun autre, je puis affirmer qu’il n’y a pas dans la peine de mort de valeur dissuasive : sachez bien que, dans la foule qui, autour du palais de justice de Troyes, criait au passage de Buffet et de Bontems : “A mort Buffet ! A mort Bontems !” se trouvait un jeune homme qui s’appelait Patrick Henry. Croyez-moi, à ma stupéfaction, quand je l’ai appris, j’ai compris ce que pouvais signifier, ce jour-là, la valeur dissuasive de la peine de mort ! (Applaudissements sur les bancs des socialistes et des communistes.)
M. Pierre Micaux. Allez l’expliquer à Troyes !
M. le garde des sceaux. Et pour vous qui êtes hommes d’Etat, conscients de vos responsabilités, croyez-vous que les hommes d’Etat, nos amis, qui dirigent le sort et qui ont la responsabilité des grandes démocraties occidentales, aussi exigeante que soit en eux la passion des valeurs morales qui sont celles des pays de liberté, croyez-vous que ces hommes responsables auraient voté l’abolition ou n’auraient pas rétabli la peine capitale s’ils avaient pensé que celle-ci pouvait être de quelque utilité par sa valeur dissuasive contre la criminalité sanglante ? Ce serait leur faire injure que de le penser.
M. Albert Brochard. Et en Californie ?
Reagan est sans doute un rigolo!
M. le garde des sceaux. Nous lui transmettrons le propos. Je suis sûr qu’il appréciera l’épithète !
Il suffit, en tout cas, de vous interroger très concrètement et de prendre la mesure de ce qu’aurait signifié exactement l’abolition si elle avait été votée en France en 1974, quand le précédent Président de la République confessait volontiers, mais généralement en privé, son aversion personnelle pour la peine de mort.
L’abolition votée an 1974, pour le septennat qui s’est achevé en 1981, qu’aurait-elle signifié pour la sûreté et la sécurité des Français ? Simplement ceci : trois condamnés à mort, qui se seraient ajoutés au 333 qui se trouvent actuellement dans nos établissements pénitentiaires. Trois de plus.
Lesquels ? Je vous les rappelle. Christian Ranucci : je n’aurais garde d’insister, il y a trop d’interrogations qui se lèvent à se sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort. Jérôme Carrein : débile, ivrogne, qui a commis un crime atroce. mais qui avait pris par la main devant tout le village la petite fille qu’il allait tuer quelques instants plus tard, montrant par là même qu’il ignorait la force qui allait l’emporter. (Murmures sur plusieurs bancs du rassemblement pour la République et de l’union pour la démocratie française.) Enfin, Djandoubi, qui était unijambiste et qui, quelle que soit l’horreur - et le terme n’est pas trop fort - de ses crimes, présentait tous les signes d’un déséquilibre et qu’on a emporté sur l’échafaud après lui avoir enlevé sa prothèse.
Loin de moi l’idée d’en appeler à une pitié posthume : ce n’est ni le lieu ni le moment, mais ayez simplement présent à votre esprit que l’on s’interroge encore à propos de l’innocence du premier, que le deuxième était un débile et le troisième un unijambiste.
Peut-on prétendre que si ces trois hommes se trouvaient dans les prisons françaises la sécurité de nos concitoyens se trouverait de quelque façon compromise ?
M. Albert Brochard. Ce n’est pas croyable ! Nous ne sommes pas au prétoire !
M. le garde des sceaux. C’est cela la vérité et la mesure exacte de la peine de mort. C’est simplement cela. (Applaudissements prolongés sur les bancs des socialistes et les communistes.)
M. Jean Brocard. Je quitte les assises
M. le président. C’est votre droit !
M. Albert Brochard. Vous êtes garde des sceaux et non avocat !
M. le garde des sceaux. Et cette réalité…
M. Roger Corrèze. Votre réalité !
M. le garde des sceaux. … semble faire fuir
La question ne se pose pas, et nous le savons tous, en termes de dissuasion ou de technique répressive, mais en termes politiques et surtout de choix moral.
Que la peine de mort ait une signification politique, il suffirait de regarder la carte du monde pour le constater. Je regrette qu’on ne puisse pas présenter une telle carte à l’Assemblée comme cela fut fait au Parlement européen. On y verrait les pays abolitionnistes et les autres, les pays de liberté et les autres.
M. Charles Miossec. Quel amalgame !
M. le garde des sceaux. Les choses sont claires. Dans la majorité écrasante des démocraties occidentales, en Europe particulièrement, dans tous les pays où la liberté est inscrite dans les institutions et respectée dans la pratique, la peine de mort a disparu.
M. Claude Marcus. Pas aux Etats-Unis.
M. le garde des sceaux. J’ai dit en Europe occidentale, mais il est significatif que vous ajoutiez les Etats-Unis. Le calque est presque complet. Dans les pays de liberté, la loi commune est l’abolition, c’est la peine de mort qui est l’exception.
M. Roger Corrèze. Pas dans les pays socialistes.
M. le garde des sceaux. Je ne vous le fais pas dire.
Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des droits de l’homme, partout vous y trouvez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort.
(Applaudissements sur les bancs des socialistes.)
M. Roger Corrèze. Les communistes en ont pris acte !
M. Gérard Chasseguet. Les communistes ont apprécié.
October 29, 2010 No Comments
In memoriam: Louis Henkin, former member of Human Rights Committee and ” father”
Sunt la Geneva la 100 sesiune a Comitetului Drepturilor Omului. Astazi o veste trista: moartea lui Louis Henkin, fost membru al Comitetului, una dintre cele mai mare personalitati din domeniul drepturilor omului. Mai multi colegi care l-au cunoscut pe Profesorul Henkin, ca si membru al Comitetului, au evocat modul in care l-au conscut pe Louis Henkin. Sir Nigel Rodley si-a amitit de Louis Henkin, in calitatea de Profesor la Columbia Law School, Christine Chanet, Abdelfattah Amor.
Republic un text scris de unul dintre fostii lui studenti:
In memoriam: Louis Henkin, “father of human rights law”
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by Seneca Doane
Thu Oct 14, 2010 at 02:22:08 PM PDT
I had the pleasure of taking a course in Human Rights law a decade ago that was co-taught by Louis Henkin, who died this morning after a long illness. At Columbia Law, he was routinely referred to as the “father of human rights law.” I don’t know who else may lay claim to that title — and I don’t recall Prof. Henkin ever saying it himself — but I think his claim is as good as anyone’s.
I just did a quick web search, but didn’t find his birthday. He graduated from college in 1937, so for most people I’d be tempted to say that he was probably born in 1915, and so was around 95. In Prof. Henkin’s case, I can’t rule out that he graduated at age 7 or something so extraordinary was he. He looked plausibly to be 85 when I took his class — and when he spoke his words were those of a man at the peak — or rather, the high plateau — of his intellectual power.
The field of international human rights law would not be what it is, or what at its best it ever might be, without Louis Henkin’s work. To celebrate his life, on this sad day, I want to share his story with you. It’s worth knowing.
Seneca Doane’s diary :: ::
I won’t do a better job of recounting Henkin’s history off the cuff than Columbia’s crack PR staff could do after ample time to research and revise, so I’ll start with a long quote from his Columbia Law School biography (I believe that Fair Use applies to this non-commercial information; editors, I’ll be happy to cut this down if you think it is necessary. I doubt that the Law School would mind what I’m doing here.)
Louis Henkin was a clerk to Judge Learned Hand and to Justice Felix Frankfurter. He served as the book review editor for the Harvard Law Review. After a period as consultant to the United Nations Legal Department, Professor Henkin served with the Department of State from 1948 to 1956 in the U.N. Bureau and in the Office of European Regional Affairs (NATO). He went on to represent the U.S. on the committee drafting the Convention on the Status of Refugees and to serve on U.S. delegations to the U.N. and to international conferences.
Professor Henkin then spent a year at Columbia from 1956-1957 as associate director of the Legislative Drafting Research Fund while writing his first book, Arms Control and Inspection in American Law. After five years as professor of law at the University of Pennsylvania, he became a member of the Columbia Law School faculty in 1962. Simultaneously, Professor Henkin was also a faculty member of the School of International and Public Affairs, as well as of the Political Science Department in Columbia’s Graduate School of the Arts and Sciences. He was the Hamilton Fish Professor of International Law and Diplomacy. Later, Professor Henkin was the Harlan Fiske Stone Professor of Constitutional Law, a position he held until he was designated University Professor in 1981.
…
Professor Henkin held positions in numerous domestic and international governing bodies. He served as a U.S. member of the Permanent Court of Arbitration from 1963-1969, as well as a member of the Advisory Committee on International Law at the U.S. Department of State from 1967-69, 1975-80, 1993-2010. In addition, he was an adviser on the Law of the Sea from 1973-80; president of the American Society of International Law from 1992-94; co-editor-in-chief of the American Journal of International Law from 1976-1984; chief reporter of the American Law Institute’s Restatement of the Foreign Relations Law of the United States (Third); a fellow of the American Academy of Arts and Sciences; and on the board of directors of Human Rights First. Professor Henkin was a member of the Institut de Droit International, the American Philosophical Society, and the Human Rights Committee pursuant to International Covenant on Civil and Political Rights.
Professor Henkin’s publications include Law for the Sea’s Mineral Resources (1968); The Rights of Man Today (1978); How Nations Behave: Law and Foreign Policy (1979); The International Bill of Rights (ed., 1981); The Age of Rights (1989); Constitutionalism, Democracy, and Foreign Affairs (1990); Constitutionalism and Rights: The Influence of the U.S. Constitution Abroad (coed., with Rosenthal, 1990); International Law: Politics and Values (1995); Foreign Affairs and the U.S. Constitution (1996); Human Rights (coed., with D. Leebron, G. L. Neuman, and D. Orentlicher, 1999); International Law: Cases and Materials (coed., 2001); among other numerous books and articles.
Professor Henkin earned a Silver Star for service in the U.S. Army during World War II.
Impressive — incredibly so, in fact — but a little dry. To get a better flavor of the man and his accomplishments, I prefer this page reporting on a 2006 symposium in Prof. Henkin’s honor. I’ll only quote from part of this; it’s worth reading the whole thing.
Dubbed “the father of human rights,” he has pioneered human rights law study and established centers that serve as beacons of scholarship and that train scores of new advocates. Above all, he has stood up for the recognition of the dignity of every individual around the world over deference to national interests.
… [I omit a great World War II war story here.]
Prof. Henkin became a consultant to the United Nations legal department. [He and] Oscar Schachter … wrote a brief that successfully protected the UN when a lawsuit threatened to prevent its establishment on U.S. soil. In 1948, Prof. Henkin became a U.S. State Department officer and served in the UN Bureau and in the Office of European Regional Affairs through 1956. In these roles, he explored how international norms play out on a domestic landscape governed by the U.S. Constitution.
His publications, such as the seminal book How Nations Behave (1968), The Age of Rights (1989), Foreign Affairs and the U.S. Constitution (1975), and International Law: Cases and Materials, now in its fourth edition, have “created the body of doctrine by which constitutional law and international law connect,” says Professor Lori Damrosch, a co-editor on the casebook. That connection informs how the U.S. gov ernment observes the rights of citizens and foreigners, both at home and abroad.
…
Prof. Henkin works tirelessly outside the ivory tower. His scholarship influences judges, legislators, and politicians. In addition to a long publication list, he has written amicus briefs, advised human rights NGOs, and led organizations committed to promoting international relations on the basis of law and justice. From 1992-94 he served as president of the American Society of International Law, whose American Journal of International Law he co-edited from 1976-84. He is also a charter member of Human Rights First, founded in 1978 as the Lawyers Commit tee for Human Rights.
Prof. Henkin has demonstrated his integrity in the face of criticism in many arenas, notably as chief reporter for the Restatement (Third) of Foreign Relations Law of the United States, undertaken by the American Law Institute. [n.b. A restatement presents the current, semi-official understanding of the law in a given area as informed by disparate court decisions, and greatly influences future understandings. As you can imagine, interests do lobby to influence its content.] Harold Hongju Koh, former U.S. State Department official and current dean of Yale Law School, has recounted watching Prof. Henkin in action. The Restatement meetings reminded Koh of “Daniel in the lions’ den,” with high-powered lawyers, among others, criticizing the wording of the law. After one harsh remark, Prof. Henkin responded, “That may be what your clients pay you to advocate, but that’s not the law, and I’m not going to say that.”
Widely considered the most influential statement of both international law and the U.S. constitutional law of foreign relations, the 1987 Restatement is cited in 18 Supreme Court opinions and more than 251 federal Court of Appeals opinions, and will define international affairs for years to come.
…
In Hamdan v. Rumsfeld (2006), which concerned the rights of a detainee in Guantánamo, the U.S. Supreme Court referred to Prof. Henkin’s amicus brief arguing that individuals have enforceable rights under the Geneva Conventions. While the decision granting relief to Hamdan used a different but related argument, Prof. Damrosch says, “The court had the Henkin brief in mind in drafting its opinion.”
The court’s decision is not an endorsement of one political side but rather a confirmation of the principles Prof. Henkin seeks to uphold. His commitment to human rights transcends party lines; it is rooted in his belief in the fundamental value of all people. The arguments Prof. Henkin made nearly decades ago in Age of Rights continue to spur growth of a system that honors the worth of every individual, no matter his or her spot on the globe: “Every man and woman between birth and death counts, and has a claim to an irreducible core of integrity and dignity.”
A law school friend once assured me that Henkin himself had written the Universal Declaration of Human Rights — and if you’ve never read that document, that would be a wonderful way to celebrate his legacy today. I don’t think that’s quite true — France’s Rene Cassin seems to be granted the credit — but I can certainly believe that Henkin influenced it from the background. Even if not, he became one of the most influential exponents of its principles.
I had occasional further dealings with Prof. Henkin through school, some through my involvement with Amnesty International — and that’s another good link to consider checking out today — but the last I remember of him was when Noam Chomsky spoke on campus in or around early 2002. Henkin was sitting in the row behind me and to my right. I remember only snippets of the event. I think that Henkin did ask Chomsky a challenging question, but couldn’t swear to it. I do remember a couple of things clearly, though.
Chomsky was, as you’d expect, agitating in fine form at this time when the war drums were being beaten for what would become the invasion of Iraq. He argued sarcastically that there was indeed a case to be made for invading Iraq and toppling Saddam, but that we weren’t the ones who should do it. Instead, he said, the opportunity to defend the Shi’ites should fall to Iran, and we should welcome an Iranian invasion of the country. (As it turns out, it looks like Iraq will end up under Iran’s influence anyway.)
I don’t remember if it was at this point in the talk or later, but: Henkin walked out of the talk in protest. He was not one who — as many in the Cheney circle would promote over the next year or so and especially after “Mission Accomplished” day in 2003 — wanted to see the U.S. invade Iran. But something in Chomsky’s speech, and I think it was this, truly riled this gentle man. Chomsky was, as his wont, being a gadfly, opening up people’s minds by challenging the notion of American exceptionalism and unquestioned virtue. There is a danger with doing so, of course, and that is sentimentalizing those who oppose us. Henkin was as completely unsentimental about Iran (or any other nation) as anyone I could imagine. He held every nation to what are, after all, universal standards — and Iran was and remains a major human rights abuser, not a country to reward in such a fashion. Iran was not a convenient foil to bring out to teach a lesson about U.S. imperialism, it was a real place, with real people, real victims of its violations of human rights. If and when Henkin favored the actions of the U.S., it was if and when we acted in the true and unselfish interests of universal principles of human rights. And when we didn’t, he would raise his influential voice in protest.
Henkin was on the side of the individuals who are crushed under the boot of any nation — the U.S., Iran, Russia, China, East and West, North and South. He was, in this respect, positioned between Cheney (who would forgive and justify anything the U.S. did wrong) and Chomsky (who would forgive and justify nothing the U.S. did wrong.) As I understood him, Henkin saw only progress and regress, and he graded each country, for each of its individual actions, dispassionately. Of necessity, he was a man of deep principle.
Ten years ago, as we were approaching what then seemed like a relatively inconsequential election in 2000, the influence of groups like Amnesty International was still on the rise. (Opening room for such sorts of percolating politics is one reason to prefer Democratic Administrations.) One could at the time seriously imagine creating international norms where torture was taboo. It has been a hellish decade since, where the dream of ending torture everywhere was cut forcibly from the international agenda and replaced, by the Cheneyites, with a dream of using torture to keep the rest of the world at bay while Western Imperial Capitalism did as it will. They did this intentionally, of course, not only to shift the Overton Window but to kill the spirit of people who had listened to the likes of Henkin. When we fight them, we do so armed with the intellectual and legal armor that Henkin played a large role in crafting.
I like this page from Columbia Law’s website in which Henkin explicates some of the meaning of the Universal Declaration of Human Rights. It contains a long quote from him, with which I’ll conclude.
For Jefferson-Locke, rights have a source but no teleology, no purpose: they are a given. In the Universal Declaration, rights are not a “given”; they are declared by contemporary spokesmen for contemporary mankind (and perhaps for future generations) for a purpose: to realize agreed values. Rights in the Universal Declaration derive from and are essential to “human dignity,” a concept vague enough to raise few issues, ideological or political. The purpose of recognizing rights is to promote other agreed values: recognition of rights “is the foundation of freedom, justice and peace.” “Peace,” and “justice,” undefined, were accepted as universal values. And the declared relation of human rights to peace warranted sponsorship of the Declaration by the United Nations, since maintaining peace was its raison d’etre, and muted, somewhat, objections that the United Nations was invading the domestic jurisdiction of states (contrary to article 2(7) of the U.N. Charter).
I’d say that we’ll never again see the likes of Professor Louis Henkin, but of course we will. Through his writings, his teaching, and his advocacy, he made sure that we will — in universities and law schools across the nation and throughout the world. He leaves behind him many scholars, activists, and political leaders who walk the trails he helped blaze. They are a living legacy of his commitment to international human rights. They are his legacy of hope.
October 15, 2010 No Comments
Interviu TVR International
11:30 Articolul 7.
Tema ediţiei: Curtea Constituţională a României. Invitată: Iulia Motoc - judecător Curtea Constituţională. Moderator şi producător Mihaela Crăciun.a
October 6, 2010 No Comments
Harvard Law Professor elected to the Human Rights Committee
Neuman elected to the Human Rights Committee September 08, 2010
Harvard Law School Professor Gerald Neuman ’80 has been elected to the Human Rights Committee, the premier treaty body in the UN human rights system. The committee monitors compliance by 166 states parties with their obligations under the International Covenant on Civil and Political Rights, which is part of the “International Bill of Rights.”
The Human Rights Committee is composed of 18 independent members from 18 different countries with recognized expertise in the field of human rights. Members are elected to four-year terms by states parties.
“After years of study of the global and regional human rights regimes, I am grateful for the opportunity to help increase the persuasiveness and effectiveness of the Human Rights Committee’s work,” said Neuman.
Said Harvard Law School Dean Martha Minow: “Gerry Neuman has not only deep expertise in international human rights law but also superb judgment, an impeccable sense of fairness and remarkable powers of analysis. He will bring these qualities to the critically important responsibility of implementing the International Covenant on Civil and Political Rights–protecting the rights of individuals and also advancing into practice the vision of human rights that member nations endorsed on paper. This is a terrific appointment for the Human Rights Committee-and a very proud moment for Harvard Law School.”
Neuman, the J. Sinclair Armstrong Professor of International, Foreign, and Comparative Law at Harvard Law School, is an expert on international human rights law, comparative constitutional law, and immigration and nationality law. He is the author of the book “Strangers to the Constitution: Immigrants, Borders and Fundamental Law,” an analysis of the role of location and status in defining constitutional rights, and co-author of the casebook “Human Rights.” He is also a frequent author of amicus briefs in U.S. human rights litigation, including Boumediene v. Bush (S. Ct. 2008) and Rasul v. Bush (S. Ct. 2004) (both regarding rights of Guantanamo detainees).
In addition to Neuman, the newly elected committee members who will begin their terms on January 1, 2011, are Cornelis Flinterman (Netherlands) and Margo Waterval (Suriname). The re-elected members are: Abdelfattah Amor (Tunisia), Christine Chanet (France), Yuji Iwasawa (Japan), Helen Keller (Switzerland), Zonke Zanele Majodina (South Africa), and Iulia Antoanella Motoc (Romania).
The committee meets three times per year, in New York and Geneva. In carrying out its monitoring and supervisory functions, the committee engages in three principal activities: receiving and examining reports from the states on how they are implementing the obligations they have assumed by ratifying the Covenant; receiving and considering complaints made by individuals who claim violations of their Covenant rights by a state party; and issuing general comments analyzing the obligations of states under the Covenant.
In April of this year, Neuman was elected a fellow of the American Academy of Arts & Sciences.
September 30, 2010 No Comments
Virgil Mazilescu-sub acest cuvant sufera beethoven
sub acest cuvânt sufera beethoven
cu acest cuvânt se vindeca lepra hei vânatori
puneti mâna pe arcurile voastre de aur
sa-l prindem si sa-l prindem
si sa-l ducem în orasul nostru pe deal
September 28, 2010 No Comments
Mariana MARIN, Puntea măgarilor, podul minciunilor
In fiecare zi părăseşti oraşul
şi astfel mai adaugi şi tu ceva
necesităţii care – afli –
stă la baza bunului simţ.
Cu fiecare zi devii o fiinţă tot mai complexă.
Descoperi bunăoară cum ţi se grefează
noul organ numit minciună progresivă,
cum este căutat în trecutul tău
locul dubios în care el se va dezvolta,
locul în care va fi silit să înflorească!
Şi astfel,
cu fiecare zi mai adaugi şi tu ceva
putreziciunii progresive
în care se lăfăie un urlet îngheţat.
El – afli –
stă de acum încolo la baza
oricăror simţuri.
Ce ne mai lipseşte, prieteni, ca să fim fericiţi?
September 26, 2010 No Comments
EMA Venetia- sustinerea tezelor si ceremonia de absolvire
Sunt la Venetia, la singurul master european de drepturile omului. Deja un numar important de romani au sustinut tezele in acest program.Am castigat dificila competetie a fi director al acestui master in 2007
Este nu numai singurul master european de drepturile omului dar si cel mai complex si indersdiciplinar master in acest domeniu. Drepturile omului sunt predata dintr-o perspectiva juridica dar si din una antropologica, filosofica, si de arte. Aceta este singurul program care a avut pentru mult timp o perspectiva de drepturile omului si arte.
Este masterul care a organizat multi ani scoala de vara de drepturile omului si cinema.
PS.Am creat un link al acestui master in Romania in programul ProRise https://sites.google.com/a/fspub.ro/prorise/e-ma. Pagina EMA Venetia este http://www.eiuc.org/
September 25, 2010 No Comments
Iulia Motoc- Norman Manea ” Laudatio” - aprilie 2008
Avem onoarea astăzi să-l omagiem, împreună cu colegii noştri de la Facultatea de Litere, pe Norman Manea, profesor la Colegiul Bard, scriitor şi eseist. Prezenţa sa în România, reîntoarcerea lui Norman Manea după mai mult de zece ani de la ultima lui vizită, în 1997, este un prilej de bucurie pentru comunitatea academică şi nu numai. Un alt scriitor est-european, Krzystzof Czyewski, notat în biografia americană a lui Norman Manea, scrisă de Thompson Gale, recunoaşte semnificaţia pe care opera lui Manea a avut-o asupra est-europenilor prin vocea sa pură, prin lipsa de compromisuri într-o perioadă în care principiile pe care le susţinea păreau ignorate sau uitate. În acelaşi timp, aşa cum nota Octavio Paz, indiferent de admiraţia pe care o avem pentru atitudinea civică a lui Norman Manea, el rămîne un artist, un scriitor. Unul dintre cei mai profunzi cunoscători ai literaturii, Claudio Magris, scria că „Norman Manea a străbătut diferite stadii de exil, simetriile sale sarcastice, el a privit în ochiul de meduză al celor mai mari orori. Manea este unul dintre marii scriitori capabili să crească în deşert. În scrierile sale spendide, el exprimă dezrădăcinarea şi exilul epocii noastre. Literele gravate pe pielea şi pagina acestui mare scriitor devin un fel de hieroglife ale Leviathanului, o imensă cicatrice“.
În mod evident, Norman Manea este un scriitor à contre-courant, el a preferat contestaţia etică retragerii într-o estetică deseori barocă, caracteristică majorităţii scriitorilor est-europeni în comunism. Aşa cum povesteşte într-unul dintre eseurile sale din Despre clovni: dictatorul şi artistul, la o reuniune literară de la Suceava, unde se discuta în discursuri cu nuanţe antisemite, despre eterna problemă a Nobelului românesc asista o audienţă alienată şi traumatizată, compusă în mare parte din copii, ceea ce îl preocupa fundamental pe Norman Manea, spre deosebire de majoritatea covîrşitoare a colegilor: drepturi fundamentale ale omului erau încălcate.
„Su carta me pareció magnífica“ – răspundea Ernesto Sabato la scrisoarea pe care Norman Manea i-a trimis-o în 1984, ca răspuns la epistola „Dragul şi depărtatul meu tînăr prieten“, pe care Sabato o publicase în Abaddon exterminatorul. În acest text, tradus în 2004 şi în engleză, Norman Manea îşi mărturisea empatia şi familiaritatea cu personajele din Abaddon exterminatorul, roman a cărui acţiune se petrece în timpul dictaturii argentiniene din anii ’70. Manea trasează astfel, relativ devreme în literatură, paralela dintre diferitele tipuri de totalitarism. Teme similare sînt reluate de Norman Manea într-o serie de patru nuvele publicate în engleză sub titlul de Compulsory Happiness. Şi Plicul negru. Norman Manea descrie un sistem social şi politic în care „fiecare persoană şi fiecare situaţie este suspectă“ şi în care se exercită diferite tipuri de tortură, cea mai subtilă fiind poate cea din Interogatoriul.
„Omul rămîne cu adevărat un mister al existenţei. În om se află, de fapt, şi Potenţialul dictator, şi îndrăgostitul pătimaş, şi Orbul torţionar, şi enigma amforei pătimaşe, şi plictisul surdo-mut al sclaviei gregare“ – scrie Norman Manea în aceeaşi scrisoare către Sabato. Această frază sintetizează profundul umanism caracteristic operei lui Norman Manea. Dacă stilistic este deoseori ataşat lui Kafka sau Blecher, nihilismului central şi est-european, fondul operei lui Norman Manea este complet diferit. Experimentînd Holocaustul în copilărie, totalitarismul comunist, fiind nevoit să experimenteze exilul sau dificultatea de a se reîntoarce în ţară, experienţe descrise în Întoarcerea huliganului, Norman Manea priveşte umanitatea cu ironie, dar şi cu multă blîndeţe.
Holocaustul, Totalitarismul, Exilul sînt fundamentale ale existenţei, dar şi ale operei lui Norman Manea. „Pentru că sînt poveşti atît de încărcate de tensiune, dureroase, tragice, acestea provoacă uneori o înfăţişare superficială a trăirilor – reacţii elementare. Acestea sînt, de asemenea, prea uşor de manipulat, într-un sens politic chiar. Este un subiect delicat, suferinţă umană, nu melodramă“ – declara Norman Manea.
„Cum putem fi siguri că problema răului rămîne o chestiune fundamentală a vieţii intelectuale, şi nu numai în Europa?“ – era întrebarea fundamentală pe care o punea Hannah Arendt în Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil. Aşa cum considera Judt, problema răului rămîne în continuare centrală în Europa. În Europa de Vest, după Holocaust, generaţii întregi s-au considerat prea aproape de problemă ca să reflecteze asupra sa, iar contemporanii noştri se consideră prea departe de această chestiune. În Europa de Est, unde totalitarismul comunist a urmat celui fascist şi nu a existat nici o dezbatere profundă pe tema aceasta, opera lui Norman Manea pare a răspunde prin amploarea sa acestei chestiuni fundamentale. Dialogul imaginar al lui Norman Manea cu Kafka, Joyce, Philip Roth sau Saul Belllow, în Întoarcerea huliganului, ne invită la reflecţia despre care vorbea Arendt. În acelaşi timp, atitudinea lui Manea nu este niciodată sentenţioasă, el încercînd să realizeze natura complexă şi contradictorie a existenţei şi a fiinţei umane.
„Să ne regăsim lîngă Sabato, reamintindu-ne de cuvintele pe care Witold Gombrowicz, admiratorul său, le-a preluat de la un bătrîn înţelept, rabinul Moshe Love: «Drumul în această viaţă este ca tăişul unei lame: pe de o parte, infernul, de cealaltă infernul. Între ele: calea vieţii»“ – scria Norman Manea, la sfîrşitul scrisorii sale către Sabato.
Ştim că Norman Manea s-a întors în 1997 pentru a-şi îndeplini o datorie: aceea de a merge la mormîntul mamei sale pentru Kaddish. De această dată, Norman Manea a fost invitat pentru ca noi să ne îndeplinim o datorie importantă, aceea de a-l onora pe Norman Manea, conferindu-i titlul de Doctor Honoris Causa. Scriitorul şi eseistul va reuşi, poate, să ne determine să reflectăm asupra a ceea ce părem a fi uitat de mult, chestiunea morală fundamentală, cea a binelui şi a răului, cu acelaşi echilibru şi tristă seninătate.
September 19, 2010 No Comments
Amélie Nothomb- Une forme de vie
“Je suis cet être poreux à qui les gens font jouer un rôle écrasant dans leur vie.”
Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau :
Chère Amélie Nothomb,
Je suis soldat de 2e classe dans l’armée américaine, mon nom est Melvin Mapple, vous pouvez m’appeler Mel. Je suis posté à Bagdad depuis le début de cette fichue guerre, il y a plus de six ans. Je vous écris parce que je souffre comme un chien. J’ai besoin d’un peu de compréhension et vous, vous me comprendrez, je le sais.
Répondez-moi. J’espère vous lire bientôt.
Melvin Mapple
Bagdad, le 18/12/2008
Je crus d’abord à un canular. A supposer que ce Melvin Mapple existe, avait-il le droit de m’écrire de telles choses ? N’y avait-il pas une censure militaire qui n’eût jamais laissé passer le “fucking” devant “war” ?
J’examinai le courrier. Si c’était un faux, l’exécution en était remarquable. Une timbreuse américaine l’avait affranchi, un cachet irakien l’avait estampillé. Ce qui faisait le plus vrai était la calligraphie : cette écriture américaine de base, simple et stéréotypée, que j’avais tellement observée lors de mes séjours aux Etats-Unis. Et ce ton direct, d’une légitimité indiscutable.
Quand je ne doutai plus de l’authenticité de la missive, je fus frappée par la dimension la plus incroyable d’un tel message : s’il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’un soldat américain vivant de l’intérieur cette guerre depuis le début souffre “comme un chien”, il était hallucinant qu’il me l’écrive à moi.
Comment avait-il entendu parler de moi ? Certains de mes romans avaient été traduits en anglais et avaient eu aux Etats-Unis un accueil plutôt confidentiel, cinq années auparavant. J’avais déjà reçu sans surprise des plis de militaires belges ou français qui, le plus souvent, demandaient des photos dédicacées. Mais un 2e classe de l’armée américaine basé en Irak, cela me dépassait.
Savait-il qui j’étais ? A part l’adresse de mon éditeur correctement libellée sur l’enveloppe, rien ne le prouvait. “J’ai besoin d’un peu de compréhension et vous, vous me comprendrez, je le sais.” Comment pouvait-il savoir que moi, je le comprendrais ? A supposer qu’il ait lu mes livres, ceux-ci étaient-ils les témoignages les plus flagrants de la compréhension et de la compassion humaines ? Tant qu’à être une marraine de guerre, le choix de Melvin Mapple me laissait perplexe.
D’autre part, avais-je envie de ses confidences ? Tant de gens déjà m’écrivaient leurs peines en long et en large. Ma capacité à supporter la douleur d’autrui était au bord de la rupture. De plus, la souffrance d’un soldat américain, cela prendrait de la place. Contiendrais-je un tel volume ? Non.
Melvin Mapple avait sûrement besoin d’un psy. Ce n’était pas mon métier. Me mettre à la disposition de ses confidences serait lui rendre un mauvais service, car il se croirait dispensé de la thérapie dont six années de guerre avaient dû engendrer la nécessité.
Ne pas répondre du tout m’eût paru un rien salaud. Je trouvai une solution médiane : je dédicaçai au soldat mes livres traduits en anglais, je les empaquetai et les lui postai. Ainsi, il me sembla avoir fait un geste pour le sous-fifre de l’armée américaine et j’eus ma conscience pour moi.
Plus tard, je songeai que l’absence de censure militaire s’expliquait sans doute par la récente élection de Barack Obama à la présidence ; certes, il n’entrerait en fonction que plus d’un mois après, mais ce bouleversement devait déjà produire ses effets. Obama n’avait cessé de prendre position contre cette guerre et de déclarer qu’en cas de victoire démocrate, il rappellerait les troupes. J’imaginais le retour imminent de Melvin Mapple dans son Amérique natale : mes fantasmes le voyaient arriver dans une ferme confortable, entourée de champs de maïs, ses parents lui ouvrant les bras. Cette idée acheva de m’apaiser. Comme il n’aurait pas manqué d’emporter mes livres dédicacés, j’aurais indirectement contribué à la pratique de la lecture dans la Corn Belt.
September 19, 2010 No Comments
